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Haïti-Séisme: Pénible réveil

Gotson Pierre

La vie tarde à reprendre son cours normal à Port-au-Prince et les autres régions d’Haiti, fortement affectées le 12 janvier par un séisme de magnitude 7, faisant entre 100.000 et 200.000 morts, suivant diverses estimations.
Un relevé de la Protection Civile haïtienne fait état d’environ 112.250 morts, 194 000 blessés, 1 million de sans abris. Les dégâts sont catastrophiques. La moitié des maisons ont été détruites à Port-au-Prince, Léogane, Petit-Goave (sud de la capitale) et Jacmel (sud-est). Les entreprises et les bureaux publics, dont des symboles de l’État, sont en ruine.

« En une minute l’État a été paralysé », souligne le président René Préval dans un discours à la nation. « Nous sommes tous des réfugiés », déclare-t-il en lançant un appel à la « solidarité organisée (…) sans désordre, sans panique ».

Depuis le 16 janvier, Haiti est sous état d’urgence et une période de deuil national de 30 jours est décrétée à partir du 17 janvier.

Des milliers de cadavres ont été enterrées, en majorité dans des fosses communes situées dans la périphérie de la capitale. 80.000 corps, le plus souvent en putréfaction, ont jusqu’à présent été enfouis. Dans ces conditions, très peu de familles ont pu avoir accès aux cadavres de leurs parents afin de célébrer des funérailles. Certaines victimes ont été mises en terre dans la cour même de leurs résidences.

Plusieurs quartiers vivent une situation difficile à cause de nombreux cadavres qui demeurent encore sous les décombres, 10 jours après le drame.

50 équipes de sauvetage en provenance de plusieurs pays, soit un total de 1800 personnes, ont pu sortir 135 survivants des décombres, selon des données officielles.

Avant et parallèlement au déploiement des sauveteurs étrangers, les riverains de divers quartiers sont parvenus à sauver la vie de nombreuses personnes coincées sous les débris.

Préval, dont l’apparente absence de leadership est critiquée dans plusieurs milieux, adresse ses remerciements à la communauté internationale qui a promptement volé au secours d’Haiti. 150 vols quotidiens arrivent à l’aéroport international Toussaint Louverture et 1000 autres sont en attente, selon l’ONU. L’aide est en provenance des pays d’Amérique, d’Europe, d’Afrique et d’Asie.

Suite au dysfonctionnement de ses équipements de guidage, l’aéroport de Port-au-Prince est passé sous le contrôle des États-Unis, qui déploient 16.000 hommes de troupe dans le pays, avec l’accord du premier ministre Jean Max Bellerive et du président Préval.

Convoqué par les sénateurs le 22 janvier pour fournir des explications, Bellerive ne s’est pas présenté.

La présence américaine alimente des débats à la capitale haïtienne et des voix s’interrogent sur la nécessité de cet imposant déploiement militaire dans le cadre de la gestion de l’aide humanitaire.

Le défi c’est aujourd’hui de soigner les blessés et d’assister les sinistrés. Le gouvernement indique que pour la région métropolitaine, trois hôpitaux de campagne sont fonctionnels, et le bateau hôpital américain US Comfort a commencé ses opérations. 48 autres unités de santé fournissent des soins, de même que des postes fixes de secours et des brigades mobiles d’intervention. Une centaine de spécialistes étrangers sont répartis dans ces centres.

« Les conditions de travail dans les hôpitaux sont très précaires (…) Plusieurs centaines de personnes sont actuellement regroupées près de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH), et une grande majorité est en attente d’une intervention chirurgicale », témoigne un volontaire de Médecins du Monde (MDM).

Beaucoup d’amputations ont lieu, « car les blessés sont restés plusieurs jours sans aucun soin infirmier et sans conditions d’hygiène, et leurs blessures, infectées, ont provoqué des gangrènes importantes », justifient des médecins. Thèse rejetée par certains spécialistes haïtiens qui pensent que des traitements adaptés pourraient être appliqués.

Des dizaines de milliers d’habitants de la capitale ont pris refuge dans environ 500 abris improvisés, établis sur les places publiques, notamment le Champ de Mars, et dans les quartiers, où règne l’insalubrité. Les port-au-princiens (ceux qui ont perdu leur toit ainsi que les autres) préfèrent généralement dormir à la belle étoile et ne se risquent pas dans des résidences ou maisonnettes dont la plupart sont fissurées.

Dans certains secteurs, on observe encore des effondrements de maisons à la suite de répliques persistantes qui se produisent depuis le séisme du 12 janvier. Pas moins d’une cinquantaine de tremblements de terre ont été enregistrés dont un de magnitude 5.9 le 20 janvier, ravivant la peur au niveau de la population.

Le gouvernement indique que la distribution d’eau et de nourriture s’effectue de manière progressive, avec, entre autres, le support du Programme Alimentaire Mondial (PAM), du Programme National de Cantine Scolaire (PNCS), touchant pour le moment 400.000 personnes.

Sur le marché, les prix de l’eau et des produits de première nécessité ont sensiblement augmenté et des files continuent devant des épiceries, boulangeries et autres comptoirs de vente.

Les marchés publics ont vite repris leurs activités, mais sont moins achalandés qu’à l’ordinaire. L’affluence est remarquable dans les banques où les clients cherchent à obtenir des liquidités. Malgré des limites de retrait (USD 2500,00), en fin de journée du 22 janvier, des banques ont accusé une rupture de fonds.

En ce qui concerne l’électricité, un cadre de la compagnie nationale d’électricité confie qu’il est impossible pour l’instant de déterminer le délai de rétablissement de l’énergie électrique à Port-au-Prince. Selon lui, la production, la transmission et la distribution de l’électricité sont affectées par des dommages considérables.

Les médias reprennent petit-à-petit leurs programmations régulières après avoir été gravement affectés. Les locaux de Radio Télé Guinen se sont effondrés et un cameraman a été tué. Les bureaux de l’agence en ligne AlterPresse ont été détruits sans faire de victimes. La chaine de télévision Canal 11 et la station Magik 9 ont également vu leurs locaux démolis. Ceux de plusieurs autres médias ont été affectés.

Les infrastructures de télécommunications sont encore confrontées à des problèmes techniques et il demeure difficile d’effectuer des appels téléphoniques.

Aucun délai n’est fixé pour la reprise des activités académiques, un grand nombre d’écoles et d’établissements d’enseignement supérieurs ayant été détruits par le séisme.

Entre-temps, un vaste mouvement migratoire, encouragé par le gouvernement, est entrepris vers les autres villes du pays. Plus de 235.000 personnes on déjà quitté la capitale, indique le gouvernement, qui a mis des moyens de transport à leur disposition. Des centaines d’autres se pressent contre les grilles des ambassades des États-Unis, du Canada et de la France pour tenter de quitter le pays.

Les migrants redoutent non seulement les répliques du tremblement de terre de la semaine dernière, mais aussi la recrudescence de l’insécurité qui pointe à l’horizon, avec l’évasion le 12 janvier de plusieurs milliers de prisonniers, dont certains très dangereux.

Source: Alterpresse www.alterpresse.org

ALAI

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